[Tribune] “Face au contexte sanitaire : la nécessaire transformation de l’offre de formation” Carine Seiler, Haut-commissaire aux Compétences

La France connait une nouvelle période de confinement comme de nombreux pays européens. Ce confinement sera différent car il prévoit cette fois l’accueil des élèves dès la maternelle jusqu’à l’enseignement secondaire et le maintien des activités professionnelles avec la bascule en télétravail sauf pour les activités qui requièrent obligatoirement une présence physique.

L’activité de formation va suivre les mêmes principes avec la bascule de toutes les formations à distance, sauf lorsque l’activité ou la nature des publics imposent la formation en présentiel. 

Carine Seiler, Haut-commissaire aux Compétences, auprès d’Elisabeth Borne, ministre du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion
Carine Seiler, Haut-commissaire aux Compétences, auprès d’Elisabeth Borne, ministre du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion

Au printemps dernier, cet exercice contraint de la distance nous a obligé à inventer, à la hâte, de nouvelles façons d’acquérir des compétences pour maintenir le lien pédagogique. Dans cette période d’incertitude, permettre aux personnes de poursuivre leur projet de formation et de ne pas mettre entre parenthèse leur capacité à se projeter était et reste un enjeu colossal, pour éviter les ruptures de parcours mais aussi pour préparer l’avenir.

La crise a révélé le formidable potentiel d’adaptation des organismes de formation et des centres de formation d’apprentis, dans le cadre d’une mobilisation très forte des formateurs. Deux tiers des demandeurs d’emploi et 90 % des apprentis ont ainsi pu maintenir un lien à distance avec leur centre de formation et poursuivre leur parcours. Le nouveau confinement doit nous inciter à aller plus loin, à mieux intégrer le digital, pour penser les nouvelles façons d’apprendre, grâce au digital mais également en interrogeant les formations en présentiel. Le digital est porteur de formidables potentialités, dès lors qu’il n’est pas considéré comme une fin en soi mais qu’il se place au service de nouvelles pédagogies. 

Intégrer le digital dans la formation est un impératif démocratique, social, économique mais aussi d’aménagement du territoire. 

Pour permettre à tous d’accéder à ces nouvelles potentialités, supposant l’accès à certains équipements, parfois coûteux, le recours à des tiers-lieux peut permettre à des stagiaires d’accéder en proximité à un ensemble de services : matériel informatique dont ils peuvent manquer pour suivre les formations à distance depuis chez eux, plateaux de réalité virtuelle, solutions de coaching et d’accompagnement…

Ils permettent de diminuer les déplacements et les transports, au-delà même du contexte de crise sanitaire. Ils peuvent aussi constituer des lieux ressources, un cadre d’échange et d’émulation entre organismes de formation et établissements d’enseignement de nature à favoriser des approches innovantes. 

Nous devons inventer un nouvel équilibre

Au-delà de cette situation exceptionnelle, c’est donc un nouvel équilibre que nous devons inventer, en mixant enseignements à distance et enseignements en présentiel, en intégrant les approches expérientielles et la formation en situation de travail. 

Le changement est à notre portée. Il repose sur une logique d’investissement : investir dans la création de contenus digitaux, mobilisant notamment la réalité virtuelle pour permettre d’acquérir un geste professionnel, mis à la disposition de tous les organismes de formation et centres de formation d’apprentis, investir dans des plateformes de partage de contenus, investir dans la transformation des parcours traditionnels vers des parcours “hybrides”, labelliser des tiers-lieux équipés (y compris en réalité virtuelle). Plus que l’acquisition de contenus – nécessaire mais pas suffisante – c’est la transformation de la pédagogie elle-même qu’il nous faut inventer.

Réussir l’hybridation des formations est un projet global, qui doit mobiliser nos formateurs, intégrer dans nos organismes de formation de nouveaux profils : concepteurs de contenus, scénaristes, community manager

C’est à ce prix que l’on pourra rendre les innovations pédagogiques accessibles à tous. Certains y sont déjà, d’autres souhaitent franchir le pas. Nous ne devons pas laisser une fracture s’accentuer entre l’approche traditionnelle de la formation et celle développée par les acteurs de la nouvelle économie : tout le monde gagnera à accélérer le rapprochement de ces deux mondes.  

Notre système de formation a des lacunes à combler mais il est prêt car la crise agit comme un révélateur. Cette transformation va conduire les organismes de formation à déplacer leur cœur d’activité de la production de contenus vers une logique de services. Leur modèle économique (de toutes façons fortement impacté par la crise), leur organisation et les compétences des formateurs doivent évoluer. 

Incubateur de la compétence 

Un vaste plan d’accompagnement au changement et de professionnalisation des formateurs, complété sans doute par la création d’un « incubateur de la compétence », lieu ressources et de production de contenus et parcours pédagogiques, de veille sur les innovations et de partage, mais aussi de recherche & développement doit être pensé en parallèle.

Le nouveau modèle de formation intègre une mise à disposition de toutes les ressources, pour une formation en continu. L’accès à ces ressources doit être possible tout au long de la vie, y compris en dehors des heures de travail, le week-end, dans des formats courts. La formation doit devenir un réflexe banal et indispensable et nous avons le devoir de (re)donner le goût et l’habitude de se former.  

Le Plan d’investissement dans les compétences, voulu par le Président de la République, porte d’ores et déjà ces projets de transformation. Nous devons maintenant collectivement aller encore plus loin pour faire de la formation un des facteurs de sauvegarde de notre économie, dans le Plan de Relance.

Carine Seiler, 

Haut-commissaire aux Compétences, auprès d’Elisabeth Borne, ministre du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion

mm

Simon

Digital Marketing Manager de Lingueo, Simon est le couteau suisse de l'entreprise. En savoir plus sur l'auteur de cet article

5 réponses

  1. SULYAN Christine dit :

    Il est intéressant de noter que vous préconisez en introduction “des solutions de coaching et d’accompagnement…”
    Or, on ne les voit pas beaucoup se développer et c’est là où le bât blesse car des formations 100% à distance exige un accompagnement adapté. J’ai moi-même réalisé une formation de 12 mois à distance et perdu un peu de motivation en cours de route car j’étais très seule. J’ai réussi à me remobiliser mais j’ai appris, à l’issue de ce parcours, que nous n’étions qu’un très faible % à avoir été jusqu’au bout (moins de 10% !).

  2. Face au contexte sanitaire : la necessaire transformation de l’offre de formation. Tribune de Carine Seiler, Haut-commissaire aux Competences – TNTI 85 C

  3. cozin dit :

    L’offre de formation dépend de la demande (qui est très faible en France) et aussi et surtout de la réglementation qui nous a mis des bâtons dans les roues durant des années (quasi interdiction de réaliser des formations à distance prises en charge par les OPCA sans fiches de présences signées).
    L’Etat déplore désormais les conséquences de ses propres actes et textes en faisant retomber la responsabilité du marasme éducatif sur les organismes de formation, mais ceux-ci sont victimes des improvisations de l’Etat. La réforme de 2018 a été improvisée et n’est pas financée, ce n’est pas de notre faute si l’Etat fait semblant de réformer !

  4. Soulié dit :

    Oui !!! Mais la formation n’est pas qu’un apport théorique et pouvoir continuer à se projeter est difficile… lorsqu’il est quasi impossible de se confronter à la réalité du terrain par l’obtention d’un stage (même de courte durée) ! Une action et une information vers les entreprises semblent nécessaires pour qu’elles soient moins frileuses…

  5. Catherine Pollet dit :

    En tant que cabinet conseil et OF, je travaille sur la (ré)évolution de Parcours de (trans)formation expérientiel. Or, sans financement du conseil/accompagnement, on n’avance que trop lentement. D’une ingénierie de formation à une ingénierie de développement des compétences (loi 2018), ou comme le souligne très justement Mme Carine Seiler dans cette tribune, évoluer vers une logique de services, impose un financement/prise en charge pour des actions d’accompagnement, sans passer par un PIC, un référencement multi OPCO ou encore un MADEC aujourd’hui, trop lourd, trop long. Les entreprises ont besoin de réactivité, de compétences externes pour les aider dans la montée en compétences de leurs équipes. La formation est un outil, non un objectif.
    Il est urgent de reconnaître et de faciliter la mission de consultant en formation dans sa globalité.
    À quand des interventions de conseil en développement de compétences financées ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *