Le CPF, accélérateur de réformes ?

Le Cnefop vient de publier son 1er rapport sur la mise en oeuvre du CPF et du CEP. Les tensions et interrogations exprimées lors du lancement du CPF témoignent d’un besoin de clarification autour de la sécurisation des parcours et de la formation en générale.

Avec sa mise en place, le CPF peut être vu comme un accélérateur de réformes indispensables pour faciliter l’accès à la formation professionnelle tout au long de la vie. Sa mise en œuvre avec ses points forts et ses limites a révélé, selon le Cnefop, des nœuds de complexité qu’il reste à dépasser collectivement pour finaliser son déploiement.

Créé par la loi du 5 mars 2014, 40 millions de comptes ont été ouverts le 4 janvier 2015, prêts à être activés, à enregistrer les anciens droits à DIF reconvertis et à capitaliser, depuis mars 2016, les premières heures acquises par les actifs en emploi.

Une approche systémique

Souhaitant assurer aux publics les plus précaires, dans ou hors de l’emploi, les moyens de devenir acteurs de leur parcours professionnel, c’est-à-dire de disposer d’un réel pouvoir d’initiative en matière d’insertion et de formation, le législateur a assigné :

  • au CEP l’objectif de construire de la continuité dans la discontinuité des parcours,
  • au CPF la mission de faciliter, par mécanisme de fédération, le financement et l’accès aux formations qualifiantes les mieux reconnues, tout au long de la vie.

La réforme vise à renforcer la capacité de chacun à apprendre tout au long de la vie, via :

  • la création du CPF ;
  • la création du service public régional de la formation professionnelle ;
  • le développement de la qualité de l’offre de formation ;
  • la relance de la validation des acquis de l’expérience ;
  • le développement du dialogue social sur les enjeux de GPEC et de formation ;
  • l’incitation à l’investissement pour le développement des nouvelles pédagogies ;
  • le développement de la formation en situation de travail, etc.

Mais c’est aussi la possibilité de s’orienter et de pouvoir être conseillé chaque fois que nécessaire, tout au long de sa vie, à travers notamment la création du service public régional de l’orientation, du Conseil en évolution professionnelle et des entretiens professionnels. 

La nébuleuse liste des formations éligibles

C’est notamment le mécanisme des listes de formations éligibles qui a cristallisé les mécontentements à la fois des potentiels bénéficiaires et des organismes de formation :

– les bénéficiaires d’heures de DIF étaient convaincus qu’ils pouvaient librement choisir tout type de formation accessibles via le CPF alors que le dispositif impose un cadre précis concernant le choix des formations ;

– Il était contesté par certains offreurs de formation car il les privait de la « ressource DIF », libre d’affectation et autour duquel ils avaient construit une offre « sur mesure ».

La mise en place des listes de formations « éligibles » au CPF s’est heurtée à plusieurs difficultés, notamment la définition d’une “formation éligible” en l’absence de normalisation suffisante de description des certifications.

Bon à savoir :  au 1er janvier 2016, on comptait 138 listes de CPNE (couvrant 85% des salariés), 46 listes régionales et une V4 de la liste nationale interprofessionnelle, qui recensent 12 736 certifications.

Un premier bilan du CPF

Dans ce contexte, en 2015, près de 2,5 millions de personnes ont ouvert leur compte ; 359 000 dossiers de formation ont été créés et plus de 212 000 ont été validés, dont 79 % au bénéfice de demandeurs d’emploi et 21% au bénéfice de salariés.

Si les langues représentent plus de la moitié des formations financées, ce sont ensuite le renforcement des compétences transversales et les démarches de reconnaissance de qualification qui ont été choisis. De même, les dossiers abondés ont concerné des salariés un peu moins qualifiés et sur des durées de formation plus longues que les dossiers sans abondement.

Pour les demandeurs d’emploi, la durée des formations est en moyenne 4 fois plus importante que celle des salariés, en lien avec le fait que 2/3 des dossiers validés portent sur des formations qualifiantes. Plus de 90 % des dossiers abondés l’ont été par le FPSPP, 40 % par les Régions et près de 30 % par Pôle emploi.

Quelles améliorations possibles ?

  • Simplifier l’ingénierie opérationnelle du CPF, notamment pour les personnes cumulant le statut de salarié et de demandeur d’emploi restent insuffisamment instruites ;
  • Renforcer l’articulation entre le Droit au retour en formation initiale des jeunes et la mobilisation du CPF ;
  • La montée en puissance des opérateurs du CEP et des OPCA est essentielle pour le bon déploiement du CPF, notamment dans l’ingénierie des parcours de formation.

Rapport complet du Cnefop : http://www.cnefop.gouv.fr/rapports-et-avis/rapports/cnefop-premier-rapport-sur-la-mise-en-oeuvre-du-compte-personnel-de.html

Sandrine

Spécialiste indépendante des politiques d'emploi et de formation. Ancienne chef de projet éditorial du Carif IDF puis Responsable Com' Multimédia de Défi métiers. Retrouvez-moi sur twitter @ActuFormation

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2 Responses

  1. cozin dit :

    on est désolé de le répéter mais le CPF ne sert à rien :

    – il a rendu la formation plus complexe, lourde et chère,
    – il restreint le choix des formations à des certifications peu adaptées au travail des salariés en poste (le diplôme d’Etat d’ergothérapeute en 3 200 heures !)
    – il installe la défiance entre tous les acteurs de la formation et pousse les salariés à thésauriser leurs heures
    – il est doté de moins de 5% des sommes nécessaires à sa généralisation

  2. nicolas dit :

    quel merdier. combien coutent tous ces organismes. et avec une telle complexite, on peut etre assuré que tout l’argent va a des formatiosn certifiantes de peinture sur soie et d’alphabetisation.

    Rien qui fera gagner la France, au contraire

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