Alors que la rĂ©forme de la formation professionnelle devrait booster le recours au CPF, la question de la mise en place des blocs de compĂ©tences est loin d’ĂȘtre rĂ©solue.
En augmentant le nombre d’heures du CPF, les partenaires sociaux misaient sur un CPF plus attractif, et donc plus utilisĂ© par les actifs et demandeurs d’emploi dans les mois Ă venir. En optant finalement pour la monĂ©tisation du CPF, le Gouvernement vise le mĂȘme but : dĂ©mocratiser l’accĂšs Ă la formation avec un droit plus clair annoncĂ© en euros.
La notion de blocs de compĂ©tences revient Ă©galement en force dans le rapport de Sylvie Brunet « pour le dĂ©veloppement de lâapprentissage » (janvier 2018). Dans les prĂ©conisations, le rapport souligne la nĂ©cessitĂ© de revoir les diplĂŽmes tous les 5 ans et de dĂ©couper les rĂ©fĂ©rentiels en « blocs de compĂ©tences ».
Qu’est-ce qu’un bloc de compĂ©tences ?
La Commission nationale de la certification professionnelle définit comme suit un bloc de compétences :
- Tout bloc de compétences ne fait aucunement référence à un bloc de formation, ni à un contenu de formation.
- Au sein dâune certification professionnelle enregistrĂ©e au RNCP, les blocs de compĂ©tences se dĂ©finissent comme des ensembles homogĂšnes et cohĂ©rents.
- Un bloc de compĂ©tences est identifiable par un intitulĂ© prĂ©cis pour en assurer la traçabilitĂ© et permettre son utilisation dans le cadre de la formation tout au long de la vie. Il est recommandĂ© dans lâintĂ©rĂȘt de lâusager, dâen expliciter succinctement le contenu.
- Chaque bloc est certifié, il donne lieu à une évaluation et une validation.
- Toute certification se compose dâun nombre restreint de blocs, sans quâil y ait de minimum ni de maximum, Ă titre indicatif une certification peut comporter 4 blocs de compĂ©tences ou 7 ou davantage.
Dans une note de 2015, le Copanef indique que « Les blocs de compĂ©tences se dĂ©finissent comme des Ă©lĂ©ments identifiĂ©s dâune certification professionnelle sâentendant comme un ensemble homogĂšne et cohĂ©rent de compĂ©tences. Ces compĂ©tences doivent ĂȘtre Ă©valuĂ©es, validĂ©es et tracĂ©es. Sous ces conditions, elles constituent une partie identifiĂ©e de la certification professionnelle. »
Quel est le cadre législatif du bloc de compétences ?
Introduite dans la Loi en 2015 dans le cadre du CPF, la notion s’est ensuite Ă©tendue au Plan de formation et Ă la pĂ©riode de professionnalisation.
- CPF Article L6323-6 du Code du travail  R6323-8 et R6423-3 du code du travail
- au plan de formation Art. L6321-1 du Code du travail modifié
- à la période de professionnalisation Art. L6324-1 du Code du travail nouveau
Ce nouvel outil participe dâune volontĂ© partagĂ©e des partenaires sociaux et du lĂ©gislateur de sĂ©curiser les parcours professionnel.
DĂ©ploiement des blocs de compĂ©tences : oĂč en est-on ?
Dans un rapport publiĂ© en 2016, l’IGAS pointait un dysfonctionnement dans le dĂ©ploiement des blocs de compĂ©tences :
« Ainsi, si des phases communes de construction existent, le dĂ©coupage en blocs sâopĂšre de façon trĂšs hĂ©tĂ©rogĂšne dâun certificateur Ă lâautre. Le CĂ©req note que « dans certains cas, le bloc renvoie Ă un sous-ensemble du rĂ©fĂ©rentiel dâactivitĂ©s, dans dâautres Ă celui du rĂ©fĂ©rentiel de certification, la terminologie utilisĂ©e Ă©tant elle aussi fort variable. » L’Igas note que ces travaux se font souvent sans concertation, et n’aboutissent pas, en consĂ©quences, Ă des blocs de compĂ©tences homogĂšnes susceptibles de favoriser les passerelles entre les diplĂŽmes. »
Et la conclusion du Céreq est des plus alarmistes :
 » La construction des blocs pourrait, sans une rĂ©gulation dâensemble, conduire Ă une amplification du flou des compĂ©tences et des savoirs des individus sur le marchĂ© du travail avec un risque fort de balkanisation du systĂšme de certification. »
A termes, cette logique de construction de parcours professionnel sur la base de lâacquisition progressive de blocs de compĂ©tences devrait reposer sur une plus grande cohĂ©rence du systĂšme de certifications, en crĂ©ant notamment des blocs communs soit pour un mĂȘme certificateur (notamment sur des compĂ©tences transversales), soit entre diffĂ©rents certificateurs (organisation de passerelles), ou encore en mettant en place des systĂšmes dâĂ©quivalences des blocs de compĂ©tences entre plusieurs certificateurs. Certains avancent dĂ©jĂ dans ce sens comme le ministĂšre de la Jeunesse et de Sports, ou les partenaires sociaux dans le cadre de la mise en Ćuvre de certificats de qualifications professionnelles interbranches.
Le rapport de Sylvie Brunet de janvier 2018, va dans le mĂȘme sens en prĂ©conisant la crĂ©ation de CPC interministĂ©rielles regroupant des ministĂšres diffĂ©rents correspondants Ă une mĂȘme famille professionnelle, et en envisageant de confier lâĂ©laboration des rĂ©fĂ©rentiels dâactivitĂ©s aux branches professionnelles.
