La décentralisation des formations, un fiasco ?

Les résultats du rapport “Cartographie de l’enseignement professionnel” (Igen et IGAENR) jettent un froid au niveau régional. La marge de manœuvre des acteurs de la formation au niveau régional semble faible pour proposer des formations en adéquation avec le tissu économique local.

L’Inspection générale de l’éducation nationale (Igen) et l’Inspection générale de l’administration et de l’éducation nationale et de la recherche (IGAENR) ont analysé la cartographie de l’enseignement professionnel, passant en revue les 136 spécialités de CAP, 114 spécialités de baccalauréats professionnels et brevets de métiers d’art et 169 spécialités de brevets de techniciens supérieurs.

Les rapporteurs souligne que “les débats autour de la définition des contenus de formation ou encore le partage des responsabilités entre l’institution scolaire et les milieux professionnels illustrent la difficulté à concevoir, aujourd’hui encore, un enseignement capable d’intégrer les aspects théoriques et pratiques d’une formation qui se veut en phase avec les évolutions technologiques les plus récentes”.

L’enseignement professionnel en question

Dès l’introduction du rapport, la spécificité de l’enseignement professionnel est interrogée : “Le consensus autour de l’élévation du niveau de qualification, et la recherche de polyvalence et de compétences dites transversales perçues comme nécessaires à une adaptation rapide aux évolutions technologiques transcendent aujourd’hui l’ensemble des filières de formation et des secteurs de l’activité économique. En s’appuyant sur une formation générale qui ne cesse de s’élever et dont on postule qu’elle améliore l’adaptabilité à l’emploi, l’enseignement professionnel concourt ainsi à la mise en œuvre d’un projet global d’élévation du niveau de qualification de la population.

Cet objectif conduit en retour à le rapprocher des formations générales et technologiques, tendant par la même occasion à remettre en question, sinon son existence, à tout le moins sa spécificité.”

En conséquence, l’insertion de ces formations dites professionnelles est-elle toujours la finalité de ces parcours qualifiants ? Comme une étude de Pôle Emploi le met en avant, les savoir-être tendent à supplanter les compétences techniques lors des recrutements. L’adaptabilité, la capacité à travailler en équipe ou encore la fiabilité sont avant tout recherchées.

La prospective pour orienter

Généralement entendue comme une “démarche visant à anticiper les grandes tendances d’évolution d’une branche ou d’un secteur et à mesurer leur impact sur l’emploi et les métiers”, la prospective sectorielle des métiers et qualifications s’est considérablement développée au cours des dernières années notamment avec l’impulsion donnée par l’accord national interprofessionnel de 2003 qui verra s’institutionnaliser des dispositifs permanents et non plus ponctuels au niveau sectoriel.

Observatoires de branche, Carif-Oref, Céreq, Dares, Insee… sont autant d’organismes qui se penchent sur la relation formation-emploi, à travers des études statistiques et de prospective.

L’étude souligne le débat qui a toujours lieu sur l’approche et la finalité visées : “Aux promoteurs d’une approche adéquationniste pour lesquels la formation a pour objectif essentiel la production de compétences professionnelles directement exploitables pour les besoins de l’économie s’opposent les tenants d’une approche dans laquelle la formation doit avant tout permettre des mobilités professionnelles assez larges. Dans un cas, il devient nécessaire d’établir un lien effectif entre spécialité de formation et métier ; dans l’autre, le lien entre spécialité de formation et métier devient plus ténu.”

On est donc face à une variété d’outils avec des objectifs multiples, rendant ardues les comparaisons et les synergies.

Dans leurs préconisations, les rapporteurs proposent de confier au CNEFOP l’élaboration d’une cartographie des outils et des démarches retenus en matière de prospective en vue de les qualifier et d’identifier ce qui relève spécifiquement du niveau national et du niveau régional. Harmoniser les questionnements qui sous-tendent les exercices de prospective devrait aussi permettre des comparaisons dans le temps et dans l’espace.

Une offre de formation standardisée ?

Le rapport souligne le fait que

“l’appareil de formation semble marqué par une relative déconnexion des formations par rapport aux contextes régionaux. Plus on s’élève en matière de qualification, plus les disparités entre les régions s’atténuent au profit d’un développement généralisé des spécialités du secteur des services.”

Quel que soit le secteur concerné (production ou services) sous statut scolaire, à peine 20 % des spécialités accueillent plus de 80 % des élèves de CAP. Ainsi 9 spécialités sur 98 accueillent à elles seules 55 % des effectifs du secteur de la production.

Au niveau IV (bac), alors que dans le secteur de la production, 8 élèves sur 10  se répartissent au sein de 16  spécialités, dans le secteur des services, 3 spécialités accueillent à elles seules près des 2/3 des 310 000 élèves concernés !

On constate également des formations fortement “genrées” : toutes spécialités confondues, dans le secteur de la production, plus de 8 élèves sur 10 sont des garçons. Cette situation est inverse dans le secteur des services où 7 élèves sur 10 sont des filles.

Si les acteurs en région n’ont en fait quasiment aucune marge de manoeuvre sur les formations “à gros flux” de plus en plus transversales et polyvalentes, il semble que l’hyperspécialisation en adéquation avec une offre locale soit le seul périmètre sur lequel ils peuvent faire évoluer la carte des formations : ” l’essentiel des marges de manœuvre réside, en matière d’évolution de la carte des formations, dans des spécialités à faible effectif pour lesquelles les branches professionnelles sont en capacité, en région, de définir les besoins à moyen terme.”

Une conclusion sans appel

“D’une façon générale, il ressort de ce travail que le pilotage de l’appareil régional de formation professionnel s’inscrit davantage comme une réponse aux impératifs de la scolarisation et de qualification des jeunes qu’aux réalités économiques locales, au demeurant, souvent mal connues.”

Consultez le rapport complet en ligne :
Cartographie de l’enseignement professionnel (rapport IGEN-IGAENR) 85 pages

Sandrine

Spécialiste des politiques d'emploi et de formation. Ancienne chef de projet éditorial du Carif IDF puis Responsable Com' Multimédia de Défi métiers.

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1 Response

  1. cozin dit :

    Sans gestion des LP par les régions et les entreprises ceux-ci continueront à former dans le vide pour des emplois qui globalement n’existent plus.

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