Les entretiens professionnels dans les entreprises après la loi de mars 2014

La loi de 2014 a rendu obligatoire, tous les deux ans, un entretien professionnel distinct de l’entretien annuel d’évaluation, dans toutes les entreprises et pour l’ensemble des salariés. Zoom sur les premiers bilans de ces entretiens…

Avec sa nouvelle étude “Les entretiens professionnels dans les entreprises après la loi de mars 2014 : premiers constats à partir du dispositif d’enquêtes DEFIS“, le Céreq dresse un bilan de la mise en oeuvre de l’entretien professionnel obligatoire en entreprise.

Quels sont les points à aborder dans le cadre de l’entretien professionnel ?

Avec la promulgation de la Loi du 05 mars 2014 relative à la formation professionnelle, chaque salarié doit être informé, dès son embauche, qu’il bénéficie tous les deux ans d’un entretien professionnel à l’initiative de son employeur, quelle que soit la taille de l’entreprise. La loi du 5 septembre 2018 permet qu’un accord collectif d’entreprise ou de branche puisse prévoir une périodicité différente.

Les points à aborder obligatoirement sont les suivants :

  • L’évolution professionnelle du salarié, notamment en termes de qualification et d’emploi ;
  • Les questions relatives au suivi des actions de formation, de certification et de progression salariale ou professionnelle du salarié ;
  • L’évaluation de son employabilité ;
  • La réflexion sur l’avenir du salarié, le poste occupé et son projet professionnel.

Bon à savoir : tous les six ans, l’entretien professionnel permet de faire un état des lieux récapitulatif du parcours professionnel du salarié qui donne lieu à la rédaction d’un document dont une copie est remise au salarié.

Quelle place en entreprise pour cet entretien professionnel obligatoire ?

Lors d’une première étude publiée en 2018 intitulée « Les entretiens professionnels, un appui aux carrières internes ou à la sécurisation des parcours ? », le Céreq faisait ce constat sur les nouveaux entretiens annuels :

« Plus répandus dans les grandes entreprises, celles outillées sur le plan RH, formatrices et gérant la mobilité de leurs salariés, ils prennent souvent la suite d’entretiens annuels existants. Ils peuvent alors servir de cadre pour l’expression des souhaits – et parfois la mise en place d’actions – de formation et de carrière en interne. En revanche, la question de l’évolution sur le marché du travail, qui relève des objectifs de la loi, est encore peu abordée. »

céreq - entretien professionnel obligatoire

A noter : Les salariés des petites entreprises sont particulièrement représentés parmi les « nouveaux bénéficiaires » du dispositif. Ils sont 25 % dans les entreprises de 10 à 49 salariés, contre 8 % dans les plus grandes.

Dans huit cas sur dix, les besoins de formation et les perspectives de carrière sont en effet abordés au cours de l’entretien professionnel. Ces questions sont d’autant plus traitées que les salariés ont, par ailleurs, exprimé le souhait de se former ou de faire évoluer leur activité au cours des cinq prochaines années. Mais, à l’inverse, lorsqu’ils ont déclaré souhaiter changer de métier ou d’entreprise, la probabilité d’aborder des projets de formation ou perspectives de carrière baisse sensiblement.

Entretiens professionnels… Où en est-on ?

Le constat est similaire à celui de 2018. Là où l’entretien professionnel était déjà installé avant la Loi de 2014, il se poursuit, sa mise en place dans des structures plus petites étant toujours plus lente :

« À l’automne 2016, 57 % des salariés présents dans la même entreprise depuis plus de deux ans ont déclaré avoir participé à un entretien professionnel en 2015 ou 2016. Plus l’entreprise est petite, moins les salariés en bénéficient : 76 % dans les entreprises de 250 salariés et plus, mais seulement 26 % dans celles de 3 à 9 salariés. Dans les grandes entreprises, l’entretien professionnel prolonge fréquemment l’entretien annuel d’évaluation mis en place bien avant la loi. Huit salariés interrogés dans Defis sur dix signalent d’ailleurs qu’une partie de l’entretien professionnel a été consacrée à l’évaluation de leur travail, proportion d’autant plus élevée que l’entreprise est grande : la confusion entre les deux types d’entretien est donc fréquente, au moins aux yeux des salariés. »

Si les caractéristiques des entreprises sont premières pour expliquer les différences de participation des salariés aux entretiens professionnels, on observe néanmoins que les cadres, les plus diplômés, les plus jeunes, les CDI à temps plein participent davantage à ces entretiens.

céreq - entretien professionnel obligatoire
céreq - entretien professionnel obligatoire

Qui informe de l’existence de l’entretien professionnel obligatoire ?

On peut noter que 53 % des salariés dans leur entreprise depuis fin 2013 déclarent avoir été informés par leur employeur de l’existence de l’entretien professionnel.

Lorsque les salariés ont été informés de l’entretien par leur employeur, c’est principalement par leur supérieur hiérarchique (75 %) et secondairement par une personne des ressources humaines (18 %). La grande majorité des salariés ayant participé à un entretien professionnel déclare avoir reçu une convocation (82 %).

Toutefois, à peine plus de la moitié des ouvriers est informée par l’employeur, et parmi ceux qui ne le sont pas, moins de trois sur dix ont par ailleurs été informés sur les entretiens professionnels. Les employés sont encore moins fréquemment informés par leurs employeurs, mais ils accèdent davantage à de l’information par une autre source.

De quoi parle-ton dans cet entretien professionnel ?

Sans surprise, ce sont les besoins de formation, les perspectives de carrière et les apprentissages au travail qui sont majoritairement abordés dans l’entretien.

A noter : huit salariés sur dix ayant participé à cet entretien déclarent également que le travail a été évalué à cette occasion, un peu plus fréquemment dans les grandes entreprises.

Dans plus de la moitié des cas, les salariés ont formulé, au cours des entretiens, des demandes pour une action de formation (59 %) ou un souhait d’évolution professionnelle (51 %).

céreq - entretien professionnel obligatoire

A retenir : 54 % des salariés concernés déclarent avoir reçu un document écrit formalisant les engagements sur la formation et l’évolution professionnelle, lorsque de tels engagements ont été pris lors de l’entretien.

Que risquent les entreprises qui n’organisent pas ces entretiens professionnels ?

Pas grand-chose à l’heure actuelle ! Comme cette étude du Céreq le souligne :

« Les résultats présentés dans ce document permettent, à partir d’une interrogation des salariés dans le cadre du dispositif d’enquêtes Defis, d’apprécier la manière dont ces entretiens professionnels s’implantent dans les entreprises. L’application de la loi n’est en effet pas nécessairement aisée dans les entreprises peu outillées dans le domaine des ressources humaines, ou peu sensibles aux objectifs de sécurisation du parcours des salariés. En l’absence de sanction pour celles qui emploient moins de 50 salariés, et pour les autres, la sanction n’intervenant qu’au bout de 6 ans (soit au plus tôt à l’horizon 2020, pour les salariés encore en poste à ce moment), des entreprises peuvent adopter une position attentiste. »

Et vous, comment se déroulent les entretiens professionnels dans votre entreprise ? Avez-vous obtenu une formation suite à cet entretien ? Partagez votre expérience en commentaire de l’article !

Pour prendre connaissance de l’intégralité de l’étude du Céreq (juin 2019) :

http://www.cereq.fr/index.php/publications/Cereq-Etudes/Les-entretiens-professionnels-dans-les-entreprises-apres-la-loi-de-mars-2014-premiers-constats-a-partir-du-dispositif-d-enquetes-DEFIS

Sandrine

Spécialiste des politiques d'emploi et de formation. Ancienne chef de projet éditorial du Carif IDF puis Responsable Com' Multimédia de Défi métiers.

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1 Response

  1. didier cozin dit :

    Les entretiens pro (et la gestion des parcours) ne sont guère mis en oeuvre dans les TPME (<50 salariés). Il est assez extraordinaire qu'on ait prévu des sanctions pour les seules entreprises de plus de 50 salariés, comme si le fait d'avoir 1 ou 2 salariés exonérait l'employeur de ses responsabilités éducatives. Un mois après l'adoption de la loi (de mars 2014) une coopérative nous expliquait que les PME dans sa région n'organiseraient pas les entretiens puisqu'il n'y avait aucune sanction financière. Le signal est délétère tout comme la sanction au bout de 6 ans. Aujourd'hui des centaines de milliers de "grandes" entreprise sont hors des clous et encourent une sanction qu'elles seront bien incapables de payer (pas de provisionnement)

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