Catherine Fabre, Député Rapporteure de la loi Avenir professionnel

Nous avons eu le plaisir d’interviewer en exclusivité pour nos lecteurs Madame Catherine Fabre, Député Rapporteure de la loi Avenir professionnel. Ses réponses vous permettront de mieux comprendre la vision et l’ambition de la loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel. Bonne lecture !

Pouvez-vous vous présenter aux lecteurs qui ne vous connaîtraient pas ?

Catherine-Fabre-TNJe suis députée de Gironde, commissaire aux affaires sociales et j’ai été rapporteure du volet formation professionnelle et apprentissage dans la loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel. Ce mandat est mon premier engagement en politique; auparavant j’étais maître de conférence en gestion de carrière à l’IAE de Bordeaux.

J’ai donc appréhendé la formation professionnelle initiale et continue en tant que formatrice (notamment sur le thème du système de formation professionnelle français), accompagnatrice VAE, chercheuse spécialisée dans l’étude des transitions et reconversions professionnelles, consultante en entreprise…

Quel est le rôle du porte-parole d’une loi ?

Pour moi, ce rôle de porte-parole est double : en amont du texte, le rapporteur d’un texte est nommé par sa commission (en l’occurence la commission des affaires sociales) pour étudier un projet de loi, l’analyser et écrire un rapport sur ce texte. Il maîtrise donc parfaitement le texte et présente les amendements de la commission en séance publique.

En aval, il accompagne la mise en oeuvre de cette loi sur le terrain, vérifie l’état de publication des décrets et évalue l’impact de la réforme sur les dispositifs compte tenu des objectifs que l’on cherchait à atteindre.

Concrètement, quels changements la formation professionnelle doit-elle attendre de la loi sur l’avenir professionnel ?

La loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel confirme certains principes et objectifs posés dans les réformes précédentes, mais elle va beaucoup plus loin dans les dispositifs proposés et modifie en profondeur, pour plus de simplicité et d’efficacité, la gouvernance, les circuits de financement et le modèle économique de l’apprentissage et de la formation professionnelle.

Il faut retenir que nous attendons deux changements majeurs avec cette réforme :

Le premier c’est un décollage majeur de l’apprentissage en France ; cela fait des années que nous l’attendons car c’est une voie d’insertion professionnelle et d’excellence pour les jeunes. Pour cela, nous redonnons la main aux branches dans la construction de la partie professionnelle des diplômés; nous modifions le financement pour que tout contrat d’apprentissage entre un jeune et une entreprise puisse se réaliser, à tout moment de l’année, et soit financé; nous permettons la création de CFA pour que les acteurs économiques et de la formation puissent travailler ensemble à proposer une offre de qualité à nos jeunes et entreprises.

En résumé, nous transformons le modèle économique de l’apprentissage pour que les centres de formation soient incités à développer leur offre en volume et en variété, et qu’ils soient entièrement tournés vers la réponse aux besoins des jeunes et des entreprises.

Le deuxième c’est l’accès à la formation de ceux qui en ont le plus besoin en finançant l’accompagnement et rendant la formation accessible à chacun, et surtout aux délaissés du système actuel.  En France, il faut savoir que les ouvriers ont deux fois moins accès que les cadres à la formation professionnelle ; et les salariés de TPE deux fois moins que ceux des entreprises de plus de 250 salariés.

 Les solutions que nous avons proposées avec cette loi visent  les salariés les moins qualifiés, ceux qui ont accès le moins à la formation. C’est le choix qui a été fait par exemple avec le dispositif Pro-A (dispositif spécifique de reconversion par l’alternance pour les salariés en CDI afin de leur permettre l’accès à une certification) et avec la mutualisation des financements réservé aux entreprises de moins de 50 salariés.

En quoi l’acquisition de compétences est-elle au cœur de cette nouvelle loi ?

En France le niveau de chômage est très corrélé au niveau de qualification. La compétence est donc la première protection contre le chômage. Selon le rapport de la banque de France de 2018, la réforme de la formation professionnelle est l’une des deux réformes qui peut permettre encore de s’attaquer au chômage structurel en France.

Ce que l’on vise ce n’est pas la formation, qui n’est qu’un moyen, c’est l’acquisition de compétences ! C’est pourquoi nous incitons à utiliser tous les moyens de développer les compétences et de les faire valider : facilité dans l’utilisation des droits cumulés sur le CPF, orientation par les conseillers en évolution professionnelle (CEP), développement de la formation en situation de travail (AFEST) et des formations hybrides/ distanciel, incitations au dialogue social sur le question. Cette réforme concerne donc les 20 millions d’actifs du pays.

Attendez-vous que la budgétisation du crédit d’heures CPF donne plus envie aux gens de se former ?

Pour emprunter les mots de Bertrand Schwartz, « on n’apprend pas à nager à quelqu’un qui ne voit pas l’intérêt de traverser la rivière ». Et de la même manière, « on n’apprend pas non plus à nager à quelqu’un qui a peur de l’eau ». C’est sur ces principes fondamentaux de pédagogie que se fonde la philosophie de cette réforme. Au contraire, les entreprises et les branches auront intérêt à guider les salariés dans leur choix, tout comme les CEP à l’extérieur de l’entreprises.

La budgétisation du CPF s’inscrit dans cette lignée. Pour que les individus se saisissent de leurs droits, il faut que ceux-ci en aient envie et que ces droits soient facilement identifiables, accessibles et mobilisables.

Le CPF existait déjà, et c’est une très belle invention, mais en heure. Cette logique ne permettait pas aux personnes de se rendre compte des droits dont ils disposaient. La budgétisation rend les choses plus concrètes pour l’individu. Par ailleurs, nous voulons une application mobile, simple, accessible à tous pour pouvoir mobiliser ses droits rapidement. Mais cette proximité ne veut pas dire que les personnes ne pourront pas être accompagnées dans leurs choix de formation. Enfin, le dialogue social va s’emparer pleinement de ce sujet.

Ce nouveau système sera-t-il plus accessible pour les novices de la formation professionnelle ?

Pour la première fois nous finançons le conseil en évolution professionnelle qui est un outil très intéressant pour permettre aux novices de la formation de se saisir de leurs droits et d’être accompagnées dans leur choix. L’alliance de ce dispositif avec l’application CPF peut être un bon levier pour réconcilier de nombreuses personnes avec la formation professionnelle.

Par ailleurs, nous avons revu dans la loi la définition de l’action de formation, ce qui va permettre aux organismes de formation d’être innovants en matière d’offre de formation et de modalités pédagogiques (AFEST, FOAD..). De nombreuses personnes sont très réfractaires au modèle “classique » de la formation (en classe), il faut leur permettre de se former via de nouvelles approches ; en situation de travail par exemple…

Quels sont les enjeux majeurs de cette nouvelle loi ?

Les enjeux sont doubles : que les individus se saisissent de leurs droits à la formation professionnelle et que les jeunes et les entreprises s’emparent de l’apprentissage.

Les premiers effets sont très positifs, notamment sur l’apprentissage où les chiffres augmentent déjà largement, et où l’on peut noter un plus grand engouement des jeunes pour cette voie. Le changement culturel est clairement lancé. Par ailleurs, en tant qu’Ambassadrice de World Skills, je ne peux que me réjouir de l’accueil par la France de la compétition internationale en 2023.

Je souhaite de tout coeur que l’engouement déjà observé pour l’apprentissage se retrouve également pour l’utilisation du Compte Personnel de Formation avec la sortie attendue de l’application mobile fin novembre. C’est un enjeu majeur de cette réforme, il faut faire en sorte que les individus se saisissent pleinement de leurs droits et qu’ils activent leurs comptes!

Enfin lors de l’évaluation de la loi à l’Assemblée nationale, nous devrons être attentifs à la façon dont les acteurs se saisissent des dispositifs qui ont été prévus à leur effet et des nouvelles missions qui leur ont été confiées, notamment par exemple les OPCO qui accompagnent désormais les TPE dans leur action de formation, et les branches professionnelles dans la prospective métier et le définition des diplômes…

Arnaud

Web Entrepreneur, Co-fondateur de @Lingueo - Chroniqueur @BFMBusiness et Rédacteur en chef @CPFormation #EdTech #Formpro En savoir plus sur l'auteur de cet article

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1 Response

  1. didier cozin dit :

    “Le CPF existait déjà, et c’est une très belle invention, mais en heure”. EComment peut-onb décréter qu’un dispositif sans public (ou presque) serait une très belle invention ? Comment peut-on dire que c’est une belle invention si c’est inopérant (pour les moins qualifiés) et non financés (pour les 30 millions d’actifs).
    Jadis le Président de la République avait fait la distinction entre les droits formels et les droits réels ; en formation il n’y pas d’argent (pour plus de 5% des actifs), pas le temps et pas de possibilité de promotion professionnelle pour le plus grand nombre.
    Pour ce qui concerne l’apprentissage Mme la députée oublie de dire que la réforme s’est bien gardée de toucher aux antichambres du chômage que sont devenus les lycées professionnels, des lycées publics qui sont en concurrence frontale avec l’apprentissage et les CFA tout en absorbant 1/4 des budgets de la formation professionnelle (8 milliards par an).

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