Alors que le Gouvernement appelait de ses vĆux une rĂ©volution copernicienne, les partenaires sociaux nâont proposĂ© Ă lâissue des nĂ©gociations quâune Ă©volution du systĂšme en vigueur. Mais la Ministre du Travail a prĂ©venu ; il faut simplifier le systĂšme, le rendre plus lisible. Le pays aurait mĂȘme besoin dâun « Big bang ».
La ministre du Travail le dit, il faut simplifier le systĂšme, le rendre plus lisible
Il faut bien lâadmettre, notre Ministre du Travail a raison, notre systĂšme est complexe. La multiplicitĂ© des acteurs et des dispositifs a rendu notre systĂšme illisible pour le commun des mortels. Dâaucun attendent lâapplication numĂ©rique miracle. ArmĂ© de son smartphone, chacun pourrait connaĂźtre ses droits, sĂ©lectionner le prestataire auprĂšs duquel se former⊠Il faut que ce soit simple pour que chacun puisse se former et, par-delĂ , sĂ©curiser son parcours professionnel ; quâil sâagisse dâaccĂ©der Ă lâemploi, de sây maintenir ou bien encore de prĂ©parer sa reconversion.
Bref, tous les acteurs de la formation attendent avec impatience les annonces de la Ministre qui interviendront mardi 27 fĂ©vrier. Je serai dâailleurs de ceux-lĂ .
En revanche, je ne suis pas certain que Fabien en sera. Pourtant Fabien a toujours été le premier à considérer que notre systÚme était trop complexe. Il faut que je vous en parle.
Fabien a terminĂ© ses Ă©tudes en 2009. AprĂšs avoir obtenu son diplĂŽme, il a travaillĂ© comme Educateur SpĂ©cialisĂ© durant sept annĂ©es. Mais tout au long de ces annĂ©es, il dĂ©couvrait une passion grandissante pour le mĂ©tier de tapissier dâameublement. AprĂšs une premiĂšre formation pour dĂ©couvrir le mĂ©tier et un stage, durant ses congĂ©s, auprĂšs dâun professionnel, il dĂ©cida dâengager une reconversion. Il dĂ©couvrit alors la complexitĂ© de notre systĂšme de formation.
En dĂ©cembre 2013, il dĂ©posait une premiĂšre demande de financement au titre du CIF (CongĂ© Individuel de Formation). On lâinscrivit sur liste dâattente, faute de financement suffisant. Et chaque annĂ©e, il lui fallait refaire son dossier. En 2015, il commençait Ă dĂ©sespĂ©rer et me demanda conseil. AprĂšs avoir consultĂ© les critĂšres de financement et dâaccĂšs au dispositif de sa branche professionnelle, je dĂ©couvris que le recours au Conseil en Evolution Professionnelle lui permettrait dâengranger des « points » supplĂ©mentaires pour que son dossier remonte sur la liste dâattentes. Je me souviens encore de sa rĂ©action : « Câest idiot ! Pourquoi perdre du temps alors que je sais dĂ©jĂ ce que je veux faire. Me former, obtenir mon CAP et mâinstaller comme artisan. ».
Fabien dĂ©cida de recourir au CEP, ce qui lui permit non seulement de « gagner des points » mais aussi de rencontrer une ConseillĂšre de son OPACIF. LâopportunitĂ© lui Ă©tait enfin donnĂ©e de partager son dĂ©sir de reconversion, de dĂ©montrer Ă quel point son projet Ă©tait rĂ©flĂ©chi. Quelques mois aprĂšs, il entrait en formation. Depuis, Fabien a obtenu son CAP, est installĂ© comme artisan. Et il continue Ă se former, en investissant sur ses propres fonds pour avancer sur le chemin de lâexcellence.
Alors oui, Fabien est favorable à une simplification du systÚme pour gagner du temps, ne pas démobiliser celles et ceux qui ont un projet. Mme Penicaud, vous avez là un fervent défenseur de la simplification.
Les véritables enjeux de la formation
Dâailleurs, Madame la Ministre, je vous invite Ă lire avec attention lâhistoire de Fabien car il incarne Ă lui seul les vĂ©ritables enjeux dâune rĂ©forme de la formation.
- Fabien aime apprendre
- Il avait un projet
- Fabien a investi du temps, de lâargent
- Il a pris le risque de quitter un emploi salariĂ© pour sâinstaller en tant quâindĂ©pendant
Voilà pour moi les véritables enjeux.
MĂȘme si nous simplifions le systĂšme, que faire pour celles et ceux qui ne dĂ©sirent pas se former ? Comment donner dĂšs le plus jeune Ăąge le goĂ»t dâapprendre ? Car nos enfants aujourdâhui seront les actifs de demain.
MĂȘme si nous simplifions le systĂšme, nous savons que les budgets allouĂ©s Ă la formation seront insuffisants. Comment pouvons-nous penser former plus de monde Ă budget constant ? Sauf Ă considĂ©rer quâil faudra que les actifs co-financent leur formation. Peut-ĂȘtre aviez-vous cette idĂ©e en Ă©voquant lâidĂ©e de la monĂ©tisation du CPF ?
MĂȘme si nous simplifions le systĂšme, nous ne pouvons pas imposer un projet professionnel. Plus que de formation, nombre dâactifs ont besoin dâaccompagnement pour rĂ©flĂ©chir Ă leur carriĂšre, les aider Ă faire des choix. A ce titre, je ne peux quâencourager le renforcement du CEP (Conseil en Evolution Professionnelle)
Surtout, mĂȘme si nous simplifions le systĂšme, ne prenons-nous pas le risque dâavoir demain des gens qualifiĂ©s mais sans emploi ? Prenons lâexemple du PIC (Plan dâInvestissement dans les CompĂ©tences) qui vise Ă former un million de jeunes peu qualifiĂ©s et un million de demandeurs dâemploi de longue durĂ©e faiblement qualifiĂ©s. LâidĂ©e est noble et je la dĂ©fends avec ardeur. Je constate dâailleurs que des moyens importants y seront consacrĂ©s : 15 milliards dâeuros. Mais intĂ©ressons-nous maintenant aux derniĂšres statistiques de la DARES qui prĂ©cisent que le nombre dâemplois vacants au dernier trimestre 2017 Ă©tait de 151 069.
Dit autrement, mĂȘme si nous formons 2 millions de personnes et que tous les emplois vacants Ă©taient pourvus, que deviendrons les 1 848 931 personnes qualifiĂ©es mais sans emploi ?
Plus quâune rĂ©forme de la formation, nâavons-nous pas besoin dâune rĂ©volution culturelle ? Avoir des actifs qui se forment rĂ©guliĂšrement, qui participent au financement et qui sont prĂȘts Ă crĂ©er leur emploi. Nous savons bien que les changements culturels ne se dĂ©crĂštent pas. Plus quâune rĂ©forme de la formation je vous propose, Madame la Ministre, de rencontrer Fabien pour chercher Ă comprendre les origines de son appĂ©tence Ă se former, la naissance de son projet et le dĂ©sir dâindĂ©pendance ou Ă tout le moins lâacceptation du risque de ne plus ĂȘtre salariĂ©.
Il profitera certainement de votre venue pour vous présenter son travail et vous découvrirez les travaux aperçus sur son site internet : http://fabiengodrie.com/
Vous penserez alors que notre systĂšme de formation peut aussi ĂȘtre efficace, que la qualitĂ© des formations est essentielle. Et vous quitterez Fabien en vous demandant lesquels de ces fauteuils rejoindront votre bureau ou bien votre domicile ou bien les deux ? Vous lui passerez commande mais cela, câest une histoire qui ne me concerne plus.
