Les compétences, clés de l’emploi de demain

Dans son rapport au Premier Ministre relatif au Grand plan d’investissement 2018-2022, Jean Pisani-Ferry met en avant la place que doit prendre le développement des compétences dans la dynamique nationale.

Jean Pisani-Ferry, économiste français, a largement contribué à forger la politique économique du candidat Macron. Il vient de remettre le 25 septembre 2017 un rapport sur le Grand Plan d’Investissement au Premier Ministre.

Vers une société de compétences

En investissant 15 milliards d’euros dans la formation, le Gouvernement envoie un message fort sur l’importance de développer ses compétences tout au long de la vie.

Pour le rapporteur, « Les compétences sont la clef de l’emploi et de la compétitivité de demain. La contribution du plan d’investissement à cet effort collectif, qui concerne tous les actifs et toutes les entreprises, sera principalement de rendre l’accès à l’emploi à un million de chômeurs peu qualifiés et à un million de jeunes décrocheurs. Il s’agira de formations longues et qualifiantes, assorties d’un accompagnement personnalisé. »

L’objectif fixé pour cet axe de développement est de 300 000 emplois et une baisse d’un point du taux de chômage structurel.

Le rapport indique que si le taux d’emploi en France était égal à celui de « nos meilleurs partenaires » (comprenez « les pays européens les plus performants ») , le revenu par tête serait de 15 % supérieur. 

Pourquoi investir sur les compétences ?

Il ressort du rapport, plusieurs arguments à renforcer les compétences : « il y a urgence à conduire, dès ce quinquennat, une action d’envergure pour le développement des compétences. Trois motifs y invitent : la compétitivité, le développement de l’activité économique, l’accès à l’emploi des personnes les moins qualifiées. »

C’est d’abord un défi d’avenir. Face à l’obsolescence accélérée des métiers induite par le numérique et la robotisation, savoirs génériques et compétences transférables d’un poste à l’autre ou d’un secteur à l’autre sont et vont rester les atouts essentiels des actifs dans un marché du travail en mutation. En mai 2017, 27 % des entreprises interrogées par l’Insee – et 84 % des entreprises en développement – citaient comme frein à l’embauche l’indisponibilité de main d’œuvre compétente.

C’est en offrant à tous les moyens d’acquérir, de maintenir à jour et de renouveler ses compétences, que le Gouvernement souhaite protéger les Français face au risque de perte d’emploi pour viser une nouvelle sécurité professionnelle.

Bon à savoir : 6 demandeurs d’emploi sur 10 n’ont pas dépassé le « secondaire court » alors qu’ils représentent moins du quart des 15-64 ans.

Cela suppose une profonde évolution de la formation initiale, une mutation qualitative du système de formation professionnelle, et plus largement un changement d’attitude de tous à l’égard des enjeux de formation. 

Comment transformer le système de formation professionnelle ?

Le rapport indique que le plan d’investissement dans les compétences devra être accompagné d’une transformation du système de formation professionnelle et être doté d’une gouvernance exigeante suivant :

 » – une logique de qualité et d’efficacité, avec des exigences élevées en termes de contrôle des résultats et de transparence ;

– une logique de transformation de l’offre de formation et de modernisation du service public de l’emploi, afin d’offrir des formations personnalisées et adaptées.

– Le plan d’investissement dans les compétences devra donc être articulé avec le projet du Gouvernement de déposer au Parlement au printemps 2018 une loi modernisant la formation professionnelle et l’apprentissage.

Avec cette future loi, il serait question d’accroître la liberté professionnelle, par le renforcement des droits individuels à la formation et par la facilitation de l’accès à la formation. Cela impliquerait également de garantir aux demandeurs d’emploi une information complète, précise et aisément accessible sur les formations qui leurs sont accessibles et les débouchés professionnels qu’elles ouvrent à l’échelle locale comme à l’échelle nationale.

La loi devrait également assurer la transparence sur les résultats de toutes les formations en termes de retour à l’emploi, de réussite à la qualification et d’impact sur la trajectoire salariale. Qualité des organismes de formation professionnelle et modernisation de l’offre de formation professionnelle seront également au programme des concertations à venir.

Le rapport évoque le financement « d’expérimentations innovantes à très fort potentiel, permettant de développer de nouvelles méthodes de formation et de nouvelles modalités d’apprentissage, en s’appuyant sur les travaux des chercheurs, sur les nouvelles technologies et sur les exemples étrangers les plus réussis ». Reste à savoir quels sont les exemples étrangers à suivre… l’Allemagne ?

Enfin, il convient d’articuler plus étroitement formations initiale et continue, emploi, innovation et recherche afin de mieux répondre aux besoins de compétences des territoires et des entreprises.

Former à distance :
« Afin de structurer l’offre de formation à distance, de promouvoir les méthodes fondées sur le numérique, et d’en faire bénéficier les demandeurs d’emploi qui en auraient besoin, un marché public national sera lancé. Ce marché concerna une large palette de types et de niveaux de qualifications. A terme, la formation à distance permettra de diversifier l’offre de formation, d’améliorer le taux d’accès à la formation et d’en maîtriser les coûts. »

Quel suivi pour les investissements à venir ?

Dans le domaine de la formation, voici la répartition des investissements selon le champ d’intervention :

  • Rendre l’accès à l’emploi à deux millions de personnes 13,9 milliards
  • Promouvoir l’innovation dans l’éducation nationale 0,3 milliards
  • Mettre fin aux parcours d’échec à l’Université 0,4 milliards

Ce rapport propose que « les crédits du plan d’investissement qui seront désormais inscrits aux budgets des ministères bénéficient d’une garantie de stabilité, et que leurs soient notamment épargnées les régulations qui peuvent venir en cours d’année amputer les dépenses votées en loi de finances. En contrepartie, les actions ainsi financées devront être assorties d’indicateurs de résultat, sur la base desquels le Premier ministre opérera chaque année des réallocations entre actions du plan, au profit des plus efficaces d’entre elles. Parallèlement devront être mis en place les instruments d’une évaluation rigoureuse. Ainsi les initiatives bien engagées pourront-elles être conduites à leur terme ou même amplifiées, si leurs premiers résultats le justifient. Des évaluations systématiques et indépendantes devront compléter le dispositif. »

cpf-rapport-pisani

Sandrine

Spécialiste indépendante des politiques d'emploi et de formation. Ancienne chef de projet éditorial du Carif IDF puis Responsable Com' Multimédia de Défi métiers. Retrouvez-moi sur twitter @ActuFormation

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3 Responses

  1. Romain GIBERT dit :

    Bonjour,

    excellent article, j’en ai partagé un extrait sur le digital-learning.news en invitant les lecteurs à lire la suite ici.

    Merci

    Romain GIBERT

  2. Didier Cozin dit :

    Si l’on veut réellement se donner les moyens de bâtir une société de compétences il faudra ne pas avoir peur de froisser plusieurs catégories sociales

    – les syndicats qui ne font rien depuis 40 ans pour la formation mais s’en servent comme d’une pompe à finances ou comme paravent social

    – les employeurs qui n’ont guère envie de faire évoluer tous leurs salariés et ne s’y impliquent pas (y compris financièrement)

    – les salariés qui devront sortir de la procrastination et des velléités d’apprentissage pour prendre réellement sur leur temps et sur leurs deniers pour d’apprendre

    Il est toujours tentant pour un pouvoir politique de monter de fausses réformes, de caresser dans le sens du poil les partenaires sociaux et de prétendre que ça s’arrangera avec le temps.

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