Le CPF ne décolle pas, a qui la faute ?

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Une mise en place trop rapideun site mal fait, des droits et possibilités de formations différents et illisibles pour le titulaire, des entreprises incapables d’articuler le CPF, des organismes de formations qui ne savent pas moderniser leurs offres, aucune cohérence des OPCA dans la stratégie et la prise en charge des formation, un CEP inexistant, des taux horaires pour des formations Pôle emploi ridicules et aucune régulation financière globale : chaque financeur ajustant par et pour lui-même, en fonction du rythme de montée en charge et des évolutions de coûts qu’il anticipe, les paramètres de financement du CPF pour ses « ressortissants »…

Le rapport de l’IGAS commandé par le gouvernement précédent a été peu relayé et c’est bien dommage car pour savoir si la prochaine réforme ne sera pas un éternel recommencement, il faut comprendre ce qui a été mal fait les 3 dernières années.

Ainsi nous reviendrons dans plusieurs articles sur ce rapport à commencer par ce premier article qui reprend les raisons pour lesquels selon l’IGAS le CPF peine à trouver sa place dans le paysage de la formation et que son usage n’est pas stabilisé.

Les usagers font part d’une certaine déception et ne perçoivent souvent pas clairement ce que leur apporte le CPF : les droits et les possibilités ouvertes sont différents selon leur statut ou leur région au moment de l’activation du compte et l’accès pratique à la formation reste un « parcours du combattant », le dispositif des listes leur apparaît bloquant et inéquitable entre régions, entre branches et entre statuts, et les logiques de financement et d’abondement opaques.

Le CPF tend à être utilisé comme levier d’une reconversion (un quasi CIF sans ses contraintes), ou, le plus souvent, pour des formations transverses plutôt courtes avec une forte concentration sur les langues et l’informatique (un quasi DIF, mais nécessairement certifiant). Face à la complexité d’usage, le salarié s’en remet à sa DRH et le demandeur d’emploi au service public de l’emploi : l’autonomie ne progresse pas réellement.

A qui la faute :

Pôle emploi

En dépit de l’effort incontestable de transformation conduit depuis deux ans, Pôle emploi ne semble pas avoir encore modifié en profondeur les pratiques d’accompagnement et d’instruction des projets de formation des demandeurs d’emploi. Par ailleurs la définition par le FPSPP d’un taux de refinancement faible, appliqué par Pôle emploi comme un taux plafond, constitue de fait une monétisation des heures dont bénéficient les demandeurs d’emploi, qui pèse sur les décisions individuelles d’attribution de formation, même financées avec le CPF,

Les entreprises

Les entreprises ne perçoivent souvent pas clairement comment articuler le CPF avec leurs plans de formation et voient alors le CPF comme un « dispositif de plus ». A l’exception de quelques secteurs ou très grandes entreprises, les DRH ont tardé à s’emparer dans le dialogue interne du CPF comme d’un outil de co-investissement, privilégiant des usages de type DIF. Les relations sociales en entreprise ne semblent pas encore avoir investi le thème de la formation.

Dans ce contexte les entreprises tendent soit à « optimiser » leur dépense de formation au fur et à mesure de l’élargissement des listes, soit à se désintéresser du CPF au profit d’autres dispositifs de financement lorsque les conditions de prise en charge du CPF se durcissent.

Les organismes de formations

L’offre de formation s’adapte lentement aux changements qu’appelle la logique du CPF, et l’abondance de financements disponibles en début de période a pu gonfler les coûts. L’adaptation au numérique reste largement à réaliser, le retard dans le découpage des formations certifiantes en blocs de compétence rend inaccessible la plupart des certifications du RNCP. Le marché amorce sa restructuration mais il demeure un marché d’offre, et restera éclaté, pléthorique, non orienté et non labellisé si les processus de certification professionnelle et les procédures qualité des formations ne sont pas rationalisés dans un calendrier annoncé et tenu.

Les OPCA

Les organismes financeurs, alors que l’un des intérêts du CPF est de fédérer plusieurs financeurs sur un projet de formation, risquent de revenir pour plus de simplicité d’usage à des pratiques en tuyaux d’orgue, au détriment des usagers et des entreprises. A défaut de stratégie concertée, la rationalisation inévitable après deux ou trois ans de relative abondance au sein des OPCA pourrait conduire à des divergences de pratiques importantes, par exemple sur les taux de prise en charge, notamment dès lors que l’extension des usages ne serait pas financièrement assurée.

Les CEP

La professionnalisation de l’accompagnement (CEP), au sens de la loi de 2014, est encore loin du niveau opérationnel attendu – aide à la définition du projet d’évolution, puis le cas échéant ingénierie de formation. Or, même si le dispositif évolue vers une meilleure accessibilité, l’autonomie des personnes nécessite, dès lors que l’on recherche une dynamique durable, la possibilité d’une médiation professionnelle entre le salarié, son employeur, le financeur et l’offre de formation.

 

Le CPF, un élément supplémentaire de complexité

Ce défaut de régulation nationale et interprofessionnelle rend encore plus complexe la maîtrise des coûts de formation, mais il est aussi porteur de distorsions de traitement injustifiables et intenables dans la durée vis à vis des titulaires et de dérive des usages par rapport aux objectifs initiaux. Il ne pèse pas tant – à l’heure actuelle en tous cas – sur la soutenabilité financière du CPF que sur l’application des principes fondateurs et l’avenir même du CPF tel qu’il a été conçu en 2013-2014.

Au total, les lignes de force du CPF, lorsqu’elles sont connues, sont comprises et leur légitimité est reconnue. Mais le CPF apparaît souvent comme un « élément supplémentaire de complexité ».

Nous reviendrons sur le rapport de l’IGAS dans les prochaines semaines pour vous aider à comprendre tous les jours un peu plus le merveilleux mode de la formation professionnel au cœur de l’actualité tous les 5 ans… Profitons-en !

Pour ceux qui ne souhaitent pas attendre : Les 226 page du rapport se trouvent ici : http://www.igas.gouv.fr/IMG/pdf/2016-140R.pdf

Arnaud

Co-fondateur de l'organisme de formation LINGUEO, Rédacteur sur CPFormation.com & à l'origine du mouvement des Hiboux.

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3 Responses

  1. Cozin dit :

    Personne n’aurait jamais dû imaginer qu’une usine à gaz, avec 1 seule heure financée pour 24 heures « octroyées » permettrait à plus de 1 ou 2 % des salariés de se former. Le CPF est une construction en péril, il n’est pas amendable sauf à restaurer le DIF

  2. Michel Baujard dit :

    Cet article ne mentionne pas le sport de combat, ou course de fond, selon les préférences sportives de chacun, que représente l’inscription d’une formation-certification sur les listes CPF. Pourtant, cette usine à gaz est certainement l’une des raisons majeures de cet échec. Alors bien sûr, ce sont les OF qui sont pointés du doigt comme incapables de s’adapter. Si la tâche leur était facilitée pour comprendre comment le système fonctionne, ils seraient certainement plus mobilisés. Merci et bonne journée.

  3. Marie dit :

    Je suis salariée et je confirme que le dossier de demande de financement n’ est pas facile à remplir. Je devrais faire la formation sur mes heures de congés sans avoir besoin de l’accord de l’employeur.
    Il est très difficile de trouver une formation certifiante qui tienne dans mon quota d’heures disponibles (174h), dans ma région et dans le thème qui me va. De toute façon, le CPF tel qu’il est actuellement conçu ne peut être profitable qu’à des salariés qui sont sans qualification. Ceux qui ont déjà un diplôme et qui veulent s’améliorer en « développement personnel » pour compléter leur technicité ne peuvent le faire car il n’existe pas pour ces formations de diplôme reconnu par l’Education Nationale.

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