Interview d’Anilda Billion, Cofondatrice de CursusPro

Anilda Billion, cofondatrice de CursusPro, nous présente sa vision du CPF et de la prochaine réforme de la formation professionnelle continue.

1. Tout d’abord, pouvez-vous vous présenter ?

Après une expérience d’une quinzaine d’années en tant que salariée dans des entreprises de presse, internet et formation continue, j’ai cofondé CursusPro avec Cyril Derrien.
L’entreprise va fêter sa 4ème année le 22 mai prochain.

Anilda Billion, Cofondatrice de CursusPro

Anilda Billion, Cofondatrice de CursusPro

2. Pourquoi CursusPro ? Pour répondre à quel besoin ?

La finalité première de CursusPro était d’informer, de conseiller et de guider tous les actifs ayant un projet de formation continue. Le lancement du portail Cursuspro.com fin 2014 a été quasi concomitant avec la mise en place du CPF et de son utilisation concrète par les individus. L’orientation de ces derniers dans une offre de formation abondante et complexe était plus que nécessaire.

Depuis, nous avons également développé des services aux entreprises. Nous venons ainsi en support aux services formation et achat dans la recherche des prestataires de formation notamment via une marketplace d’appel d’offres Cursusproentreprise.com. Nous comptons aujourd’hui plus d’une centaine d’entreprises partenaires. Pour certaines d’entre elles, nous prenons en charge la gestion des projets de formation de leurs salariés dans le cadre du CPF.

Nous sommes nés avec le CPF et avons acquis une expertise dont peu d’acteurs privés dans la formation peuvent se prévaloir aujourd’hui.

3. Quelles sont, selon vous, les difficultés majeures dans la constitution d’un dossier CPF en tant que salarié ? Et en tant qu’entreprise ?

La création du Compte Personnel de Formation était une excellente idée en soi. Cependant, les règles d’utilisation sont loin d’être simples ; elles sont même incompréhensibles pour une grande partie de la population. La mise en place d’un projet de formation CPF pour un salarié est un vrai parcours du combattant.

La 1ère difficulté concerne le choix de la formation elle-même, c’est le cauchemar des listes éligibles. Les salariés se rendent vite compte que finalement les possibilités ne sont pas si nombreuses et que l’offre est illisible. Les noms des certifications dans les listes ne correspondent pas aux noms « commerciaux » des programmes proposés par les écoles et les organismes de formation. Derrière les formations diplômantes se cachent de nombreux certificats « Blocs de compétences » et la seule façon de les connaître est de contacter les écoles une par une…

Il faut ensuite comprendre ce qui est financé, le TTC, le HT, les repas, le transport et autres frais annexes. Sans oublier le fait que les devis sont souvent faits en fonction de l’OPCA de l’entreprise du salarié et de ses règles de prise en charge. Le salarié doit ainsi rentrer en contact avec l’OPCA pour savoir ce qui est pris en charge et pour combien. Prendre contact avec un OPCA pour un salarié n’est pas forcément naturel.

Pour les entreprises, la problématique principale est la durée des formations. Elles sont nombreuses à accepter des formations « courtes » de type langue ou certification informatique pendant le temps de travail. En revanche, elles ne peuvent pas s’engager avec leurs salariés dans des formations diplômantes sur 12 ou 18 mois.

4. La nouvelle réforme présentée en mars dernier tend vers une monétisation du CPF et la fin du système paritaire. Quels sont, selon vous, les freins à la mise en place de celle-ci ?

La nouvelle réforme est une vraie avancée sur au moins deux points, la monétisation et l’ouverture des listes.

Exprimer le compte en Euros est le meilleur moyen de satisfaire au principe d’équité qui n’est pas absolument pas respecté avec l’actuel CPF. Lorsqu’on voit le nombre de masters et de MBA suivis par des cadres et cadres supérieurs et financés dans leur intégralité pour des montants dépassant souvent les 40 000€ alors que les formations des demandeurs d’emploi sont financées à hauteur de 9€ de l’heure, on se demande s’il s’agit du même dispositif !
L’objectif premier de la réforme de 2014 n’était-il pas la sécurisation de l’employabilité ?

Certes le nouveau montant unique de 14,28€ par heure est inférieur à la moyenne de 35€ par heure financée aujourd’hui. Mais cette simplification se traduira probablement par un plus grand nombre de projets réalisés grâce à la prise de conscience par chacun d’avoir à sa disposition ce budget de 5 000€, qui peut même atteindre 8 000€ pour les moins qualifiés. On ne se posera plus la question de savoir si on travaille dans une entreprise qui appartient à une branche professionnelle riche ou à une branche professionnelle pauvre.

Ce projet de réforme est ambitieux et son succès dépendra de plusieurs facteurs. Les freins sont en effet nombreux. Le transfert de la collecte et sa redistribution depuis les OPCA vers l’URSSAF et la CDC ne résout pas tout. C’est presque la partie la plus facile même si cela apparaît comme un changement profond du système.

Ce qui est pour moi le plus compliqué sera de rendre lisible l’offre de formation et de l’adapter à la demande et à son financement, avant même de parler de qualité et de labels.

L’application proposée par le gouvernement comme réponse à l’accessibilité et la facilité de choix sera forcément bien construite. Mais ce n’est finalement qu’un outil. Les décisions prises par les individus via cette application seront mauvaises si les informations et données qui y figurent ne sont pas de qualité. Je vais être très directe en utilisant une expression anglaise qui dit « garbage in, garbage out ». Il y a un effet un énorme travail à faire au niveau du RNCP sur la présentation des certifications existantes mais également sur les process et règles d’enregistrement des nouvelles formations. Il faut aider les prestataires de formation à rendre leur offre plus lisible et à l’adapter en termes de formats et de prix avec des modules courts certifiants. Ce sera probablement le rôle de France Compétences.

Par ailleurs, dans un contexte où l’on donne la liberté aux individus dans leurs projets professionnels et aux entreprises dans la gestion de leurs plans de développement des compétences, l’abondement par ces dernières me parait moins évident. Au mieux, il correspondra aux salaires pris en charge pour les formations pendant le temps de travail.

Enfin, la continuité de la prise en charge du CEP est une bonne nouvelle mais il faut que cet accompagnement aille encore plus loin, jusqu’au choix de la formation et à l’inscription. Dans l’ensemble les gens savent ce qu’ils ont envie de faire, ils ont fait un point via un bilan de compétences, en échangeant avec leurs proches ou avec leurs ressources humaines, en observant le marché du travail, etc. Ce qui est compliqué ensuite, c’est de trouver la formation qui s’adapte au projet personnel, aux contraintes et obligations de la vie personnelle et professionnelle et finalement aussi au montant du financement (CPF).

Merci Mme Billion, d’avoir partagé ces informations avec nous et nos lecteurs !

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1 Response

  1. Didier COZIN dit :

    Quatre années pour comprendre et disserter sur la formation…c’est pas beaucoup

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