« Faire émerger l’action publique autour de la question du CPA » FX Petit

A cheval entre l’Ecole 42 et l’incubateur Creative Valley, François-Xavier Petit développe le programme Matrice, qui vise la mise en synergie d’étudiants venant d’univers différents sur des enjeux du monde contemporain. 

La question de l’accès aux droits sociaux, dans la perspective du Compte Personnel d’Activité (CPA) est l’un des enjeux mis en avant dans le cadre du hackathon lancé début 2016. Zoom sur la mise en place de cet hackathon.

François-Xavier Petit

François-Xavier Petit, Conseiller innovation, numérique et discours du Cabinet du ministre du travail.

Pouvez-vous nous présenter les missions du programme Matrice ?

« Matrice » est un programme inter-écoles qui consiste à créer des équipes pluridisciplinaires composées d’étudiants d’origines différentes et de professionnels issus de multiples secteurs. Ces équipes sont ensuite projetées face aux besoins réels, complexes et stimulants des entreprises, des laboratoires de recherche ou des institutions publiques afin d’imaginer en équipe des solutions innovantes et de les mettre en production. Démarrant par un hackathon, Matrice se poursuit sous la forme d’un programme de formation-action permettant de passer du concept (dégagé dans le hackathon) au produit, sur un temps court. Il s’agit donc autant de créer des startups que d’apporter la force du numérique à des enjeux qui ont du sens, en formant au passage de véritables citoyens numériques, et non seulement des entrepreneurs. 

Comment est née l’idée d’organiser un hackathon ?

Parce que le CPA vaut la peine d’une démarche innovante et qui amène des nouveaux outils pour se saisir de ses propres droits sociaux. C’est donc lors d’échanges entre la Caisse des dépôts et consignations, le ministère du Travail, la Direction de projet CPA au sein du secrétariat général des ministères sociaux que l’ouverture sur des méthodologies innovantes a été décidée. Avec le hackathon,

l’enjeu était de faire émerger rapidement et de manière pertinente l’action publique autour de la question du CPA.

C’est grâce à des liens interpersonnels et un intérêt réciproque pour les enjeux que porte le CPA que ce hackathon a été possible dans le cadre du lancement du programme Matrice.

Tout l’enjeu du hackathon était de faire émerger des idées et services nouveaux dans le cadre du CPA, bénéficiant d’une part de la force et de la centralité du ministère et de ses Directions, et d’autre part de la souplesse, de l’agilité, de l’innovation et du regard neuf d’étudiants.

Qu’est-ce qui vous plait dans le principe du hackathon ?

La possibilité d’avoir un regard extérieur, neuf et frais – à savoir celui des étudiants – et de le croiser avec les pratiques et réflexion d’une centaine d’experts mobilisés pour l’occasion – nous a plue. J’ajoute que la possibilité d’être surpris par des bonnes idées était aussi dans les motivations du projet. Et, bien sûr, la capacité d’un hackathon à donner un coup d’accélérateur à la production de services numériques.

Plus on est de personnes avec des approches et regards différents, et plus on peut avancer et découvrir de nouvelles pistes de travail. Il y a derrière une conviction, celle que l’avenir de l’Etat est d’être un « Etat plateforme », c’est à dire un espace qui ouvre des données et permet à des innovateurs extérieurs de venir apporter ce qu’ils font, démultipliant ainsi la force du service public. L’Etat a la légitimité, l’expertise, les données et la confiance. Nous avons l’innovation, l’agilité, un positionnement centré sur l’utilisateur, et des idées nouvelles. Mis ensemble, c’est imbattable ! 

En amont du hackathon, comment avez-vous choisi le périmètre d’intervention sur le CPA ?

Le programme Matrice a mobilisé les différents acteurs du hackathon : il a fallu présenter le projet aux écoles comme aux experts, leur proposer d’y participer puis organiser le jour J l’événement.

La mobilisation a été aisée car tous se retrouvent autour des enjeux d’interdisciplinarité, d’innovation, de contacts entre les étudiants et le monde du travail, etc.

Dans le courant du hackathon, pour faire réfléchir les étudiants et les experts, nous avons volontairement proposé des thématiques larges autour des thèmes comme rechercher ou financer sa formation, la trajectoire professionnelle, la question des différents temps de la vie, etc.

Avec cette approche large, nous arrivons à faire naître la créativité chez les étudiants, et l’on s’aperçoit qu’il ne faut pas nécessairement avoir travaillé sur le sujet durant de longues années pour avoir de bonnes idées !

Quels sont les profils des participants à ce hackathon ?

Dans les locaux de l’Ecole 42, étudiants de diverses écoles (Ecole 42, mais aussi ENA, ESSEC, CESACOM), professionnels de l’emploi ou de l’innovation numérique étaient réunis pour réfléchir ensemble aux futures applications de la plateforme.

Comment s’est déroulé concrètement le hackathon ?

Le hackathon a été mené sur 48 h, jour et nuit compris.

Suite à des ateliers thématiques avec des experts, les Directions concernées (IGAS, DARES, DGEFP, ANACT, etc.), des entreprises et associations de la société civile, les équipes se sont formées en fonction des sujets qui ont émergé.

Les étudiants ont ensuite débuté leurs travaux pour pouvoir proposer au jury, le dimanche soir, le concept développé, et parfois un début de prototype. Des échanges nombreux et passionnants ont eu lieu durant ces 48 h permettant de creuser des pistes innovantes de services ou de fonctionnalités dans le cadre de la mise en oeuvre du CPA.

Avoir des équipes venant d’horizons d’études différents, cela a du sens, mais ça en a encore plus quand on croise leurs regards avec ceux des experts. Discuter avec ceux qui sont au quotidien sur le sujet ou qui mènent des recherches sur l’emploi / la formation, est un apport incroyable dans les échanges. Cela permet d’encadrer, entourer, stimuler la créativité des étudiants. C’est ce « mariage » que l’on organise.

Qui composaient le jury ?

Le jury était composé d’une vingtaine de personnes aux profils variés, comme la Directrice de l’Ena, la Directrice de la partie Retraite et protection sociale de la Caisse des dépôts et consignations, des investisseurs, des experts du numérique, des universitaires, des sociologues, etc.

L’idée était d’avoir des représentants aussi bien de la technique que du numérique pour que le débat ait lieu entre experts, avec des prismes différents, au sein du jury… et qu’il fasse ressortir les enjeux et les besoins liés au CPA, les plus classiques comme les plus innovants.

Un leitmotiv commun à tous : faire émerger les meilleurs projets !

Quel bilan tirez-vous de ce hackathon ?

Au final, je retiens la pertinence de l’attelage entre des étudiants différents et des professionnels du champ travail / emploi / formation. 15 projets ont été présentés le dimanche soir. Tous tenaient la route, et aucun n’était hors sujet ! En deux jours et en partageant des expériences différentes, on obtient des projets réalistes et très malins. Beaucoup d’entre eux se sont penchés sur la partie formation (recherche, financement, notation des formations, etc.) mais on a aussi eu un projet autour du choix de l’entreprise par le salarié (et non l’inverse) en procédant par la mise en avant des atouts sociaux qu’elle offre : crèche d’entreprise, mutuelle, etc.).

Sur les 15 équipes, 7 ont été retenues par le jury comme méritant de voir leurs projets développés par elles-mêmes. Deux ont été distinguées « la meilleure équipe » et le « coup de cœur » du jury. Elles ont eu le privilège de présenter leurs projets aux Ministres concernés.

Ainsi le projet « Abba », permet de calculer le financement d’une formation en fonction des droits acquis par un actif tout au long de son parcours professionnel. Car si trouver une formation est important, trouver qui peut la financer est particulièrement difficile. Si l’on peut fournir une solution simple et ergonomique en ce sens, c’est un réel progrès.

De son côté, l’équipe « Unusual working », a décidé de dépasser la seule entrée « activité professionnelle » pour regarder du côté des engagements citoyens, dans la perspective du « compte d’engagement citoyen » du CPA. Dans un format ludique, son projet permet de visualiser les « points » acquis par les engagements citoyens et de simuler leur utilisation pour financer des formations, pour réaliser une VAE mais aussi pour enrichir un CV de ses expériences extra-professionnelles qui en disent beaucoup sur soi.

Les projets ont vocation à intégrer la plateforme de services numériques associés au CPA dès son lancement en 2017.

Quelle est la prochaine étape ?

Les équipes avancent, développent les projets, passent du concept à au produit. En tout, 6 équipes sont en cours de réalisation (deux se sont regroupées). Et la conduite de projet est actuellement assurée dans le cadre du programme Matrice (séances de coaching, rencontre avec des experts, ateliers, conférences…) qui permet de passer par toutes les étapes d’un projet.

Chaque équipe est accompagnée jusqu’au bout pour que les services soient effectifs en janvier 2017.

Sandrine

Spécialiste indépendante des politiques d'emploi et de formation. Ancienne chef de projet éditorial du Carif IDF puis Responsable Com' Multimédia de Défi métiers. Retrouvez-moi sur twitter @ActuFormation

You may also like...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Je souhaite une formation en LANGUES ETRANGÈRES

Je souhaite une formation dans un autre domaine

Je souhaite former un groupe de personnes

NON MERCI