Bertrand Martinot, contributeur à l’institut Montaigne et DGA des services, en charge du dév économique, de l’emploi et de la formation de la Région Ile-de-France

Alors que les partenaires sociaux planchent sur une évolution du dispositif, l’Institut Montaigne recommande aujourd’hui dans une note de doper le Compte Personnel de Formation (CPF) : plus de financements et plus de formations éligibles. C’était pour nous l’occasion d’échanger avec Bertrand Martinot, qui a pu nous éclairer sur quelques conflits et différents points de vue qui pour un non-initié du domaine de la formation sont tout simplement incompréhensibles, explications :

Avec l’Institut Montaigne, vous plaidez pour un Compte Personnel de Formation mieux financé. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Bertrand-Martinot-portraitLe CPF actuel donne un droit abstrait à des heures de formation sur la base d’une cotisation de 0,2 % des entreprises. Selon moi (c’est par ailleurs une promesse de campagne du président Macron), le Compte Personnel de Formation devrait être valorisé en euros et non en heures de formation, directement ou indirectement via un système par points dont la valeur serait fixée au début de chaque année pour s’assurer de l’équilibre financier du système.

Le CPF devrait reposer en partie sur un financement mutualisé beaucoup plus important : aux 0,2 % de cotisation dédiées actuellement au CPF s’ajouteraient les 0,2 % dédiés au Congé Individuel de Formation (CIF). La partie des fonds que le FPSPP consacre aujourd’hui au CPF des chômeurs (environ 0,1 %) serait également intégrée dans ce financement mutualisé. Outre la partie financièrement mutualisée, il comporterait une partie de financement individualisé assise sur une fraction des indemnités de fin de contrat ou de rupture quelle qu’en soit la nature, et ce afin de favoriser les actifs rencontrant le plus fréquemment des ruptures professionnelles ; les entreprises de moins de 1 000 salariés pourraient, par accord collectif, décider de se libérer de leur obligation de reclassement en cas de rupture du contrat de travail par versement monétaire sur le compte des salariés concernés.

Transformer ses acquis en budget de formation

Les salariés seraient incités à y mobiliser de l’épargne personnelle, éventuellement via la monétisation de journées RTT ou heures de repos en franchise d’impôts et de cotisations sociales. Les régions et Pôle emploi joueraient naturellement un rôle de solidarité vis-à-vis des demandeurs d’emploi n’ayant pas accumulé suffisamment de fonds : Pôle emploi en effectuant des prestations d’accompagnement, les régions en abondant les compteurs, sous condition que ces fonds soient mobilisés pour acheter des formations correspondant à des métiers qu’elles jugent prioritaires, et ce en lien avec Pôle emploi et les partenaires sociaux en région.

Lire la note de l’institution Montaigne :

 

Pourquoi selon vous les partenaires sociaux rejettent l’idée de monétisation du CPF ? Son sous-financement est-il la cause de cette position unanime ?

Pour bien comprendre ce qui se trame derrière ces débats, il faut comprendre que nous sommes en présence de visions du monde qui s’affrontent…

Qui doit décider pour qui ? l’individu, ou pour les gens qui le représentent ?

Non les partenaires sociaux n’ont pas peur que les individus utilisent trop leur CPF, non ils n’ont pas peur de la réaction des organismes de formation… Ils veulent simplement continuer à réguler la formation professionnelle par les prix. Les partenaires sociaux de branche veulent fixer les taux de prise en charge des formations. C’est vrai pour le CPF mais aussi pour tous les autres dispositifs. Ils voudraient que ce soit également le cas en matière d’apprentissage.

Trouvez-vous normal que la valorisation de vos heures CPF dépende de gens que vous ne connaissez pas et qui décident pour VOUS combien valent ces heures et comment VOUS devez les utiliser ? NON, et bien c’est pourtant ainsi que le CPF a été conçu par les partenaires sociaux.

Les branches prétendent avoir une analyse fine de leurs besoins. Elles se considèrent  donc comme légitimes pour définir les formations prioritaires. C’est la logique actuelle Monétiser et laisser choisir les formations à l’individu reviendrait à retirer du pouvoir à la branche.

Comme en Allemagne, le cœur de métier des branches devrait être lié aux négociations en matière de droit du travail, d’autant que l’économie est de plus en plus interbranche et utilisatrices de compétences transverses !

Le paritarisme de gestion est une machine à créer de l’administratif. L’administration de l’Etat, à côté, c’est une start-up !

Je suis pour qu’avec les euros sur un Compte Personnel on puisse acheter librement de la formation mais pas seulement, on devrait aussi pouvoir acheter de l’orientation, du conseil et tout ce qui vous aide à trouver ou conserver votre travail. Le problème est que cela fait sauter les savants équilibres bâtis par les partenaires sociaux qui depuis 2003 et le DIF ne fabriquent que des demi réformes qui produisent de faux droits individuels.

Il y a une vraie ligne de fracture entre la vision du gouvernement, axée sur le renforcement de l’autonomie des actifs d’un côté et la vision des branches qui  savent et décident ce qui est bon pour VOUS.

Dans la même dynamique, je suis pour une plus grande liberté de choix pour les demandeurs d’emploi.

Plus sur la monétisation :

 

Pourquoi développer un « TripAdvisor » de la formation ? Est-ce que cela ne pose pas un problème d’équité entre deux formations.

Selon moi c’est la formation qui doit être notée et non pas l’OF comme ce qui a été fait ces derniers mois. Un organisme de formation de qualité qui lance une nouvelle formation, est-il forcément de qualité aussi pour cette formation ? Y compris dans un domaine différent des formations qu’ils dispensent habituellement ?

Bien choisir sa formation est essentiel. A l’heure d’une plus grande autonomie et responsabilisation des individus, l’évaluation de la qualité de la formation, la transparence et le partage d’informations entre stagiaires mais aussi avec les régions qui pilotent le dispositif est une évidente nécessité.

Sur le modèle de l’application Anotéa, développée par la région Ile-de-France en collaboration avec Pôle emploi, le digital permet de développer des outils simples et performants permettant aux stagiaires de faire valoir leur point de vue sur le web, avec naturellement un droit de réponse des organismes.

C’est un outil parmi d’autres et non pas le seul outil pour mettre en avant la qualité d’une offre. Pour les acheteurs de la formation, ça ne doit être qu’un élément d’appréciation parmi bien d’autres.

VIDEO SUR ANOTEA :

En savoir plus sur Anotea :

CEF et non plus CPF. Quel est l’intérêt de changer le nom du dispositif ?

Je pense que le Compte Personnel de Formation devrait être renommé Capital Emploi Formation, comme nous l’avons proposé avec Estelle Sauvat dans notre rapport pour l’institut Montaigne de janvier 2018 « Un capital emploi formation pour tous »).

On comprend plus facilement qu’on accumule du CAPITAL et que celui-ci n’est pas uniquement destiné à une formation mais plus à l’emploi au sens large.

Avec le Compte Personnel de Formation, on a l’impression qu’on peut n’acheter que de la formation. C’est un nom qui à nos yeux est trop restrictif.

Pour Aller plus loin :

Arnaud

Rédacteur en chef @CPFormation - Web Entrepreneur @Lingueo - Chroniqueur @BFMBusiness #EdTech #Formpro #FOAD #COAD #WEB

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1 Response

  1. Didier Cozin dit :

    La formation depuis 1971 n’a pas vocation à servir les entreprises ou leurs travailleurs mais d’abord les partenaires sociaux à qui elle offre non seulement une légitimité (remise en question après tant d’échecs) mais aussi du grain à moudre (beaucoup de grains).
    La France ira mieux quand elle aura compris que ces recettes social(istes) sont nuisibles aussi bien à l’économie qu’au social, à l’éducation et à toute la Nation elle-même.

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